Elle avait trente ans

Magnifique journée de printemps,
Un jour d'Avril, il y a dix ans.
Elle était belle, douce et gentille,
De ces âmes trop fragiles
Protégées par le coton des parents
Et qui se marient à vingt ans.
Il était grand, beau, charmant,
Dans son costume, resplendissant.
Amoureux à en faire pâlir les cieux,
Ils se dévoraient sans cesse des yeux.
Fêtes, clichés, moments inoubliables,
Puis s'installe le banal.
La vie prend ses habitudes
Et change les attitudes.
La passion s'efface,
La routine glace
Les êtres en leur coeur,
Engendre la langueur.
Espacées les nuits exquises,
Sans fin les mois sans surprise.
Assurer l'avenir,
La maison à tenir.
Il avait ses voyages, des mensonges,
Elle avait ses prétextes, des songes.
Il s'absenta souvent,
Puis longtemps.
Elle s'échappait fréquemment,
Ensuite définitivement.
Les remords, l'intégrer à la multitude,
Trop tard, elle était loin dans sa solitude.
Vains les signaux de détresse,
Il délirait dans les bras d'une maîtresse.
Un soir, un dernier cri, un ultime appel,
La vie jusqu'au bout rebelle,
Le silence inquiétant de la mort,
Abandon, suicide, elle rêvait encore.
Elle était belle, elle avait trente ans,
De l'amour, des sentiments tout blancs,
Peu d'exigences en son âge,
Une urgence, un hommage,
Elle voulait juste un enfant,
Un petit être qui l'aime, vraiment.