REPORTAGES

Dimanche 4 avril 2010 7 04 /04 /Avr /2010 19:59

 

 

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A l'heure où les cérémonies du cinquantenaire de l'indépendance africaine débutent, il m'a paru propice de rappeler les pensées des colons, les oppositions d'opinions, les multiples résistances ainsi que les regards décalés des observateurs de l'époque. Il n'est pas étonnant que, compte tenu de l'état d'esprit des "envahisseurs" et de leurs comportements, les ex-colonies vouent toujours une certaine rancune à l'encontre de la France. En effet, considérés telles des créatures situées en l'animal et l'humain, manquant cruellement d'évolution, les Africains sont cruellement utilisés comme de vulgaires marchandises, un placement qu'il faut rentabiliser ou pire l'exposer telle une bête de foire, tout cela en n'oubliant pas  avant tout d e le déposséder de ses richesses naturelles.

 

Les différentes sortes de colonies et leurs avantages pour la métropole.

 

La vision d'un économiste

Nous croyons, quant à nous, à la mission civilisatrice de la France et à ses facultés colonisatrices. Les dernières années en donnent la preuve : la France ne manque pas d’esprits entreprenants (…)
La France, dit-on, n’a pas d’exubérance de population, et ce serait un obstacle insurmontable à la fondation de colonies. L’objection n’est pas décisive ; les naissances présentent encore sur les décès un excédant annuel de 100 000 âmes environ. Il faut en beaucoup moins pour fonder des empires. On ne trouve pas 100 000 Anglais aux Indes, et il n’y a pas plus de 35 000 Hollandais aux îles de la Sonde. Les colonies sont de trois sortes : colonies d’exploitation, comme les Indes et la Cochinchine ; les colonies de peuplement, comme l’Australie ; les colonies mixtes, telle l’ Algérie. Les secondes seulement exigent une immigration considérable. Les colonies d’exploitation n’en n’ont que faire, et les colonies mixtes peuvent se contenter d’un afflux modérés d’Européens. Si la France envoyait tous les ans 15 000 à 20 000 colons en Afrique, ce serait assez pour servir de cadres à une immigration d’Européens étrangers d’égale importance et à la considérable population indigène. (…)
Le véritable nerf de la colonisation, ce sont plus encore les capitaux que les émigrants. La France possède des capitaux à foison ; (…) elle en a déjà pour 20 ou 25 milliards de par le monde, et chaque année ce chiffre s’accroît d’un milliard au moins. Si le tiers ou la moitié de cette somme, si même le quart se portait vers l’Algérie, la Tunisie, le Sénégal, le Soudan (…) quels splendides résultats nous obtiendrions en vingt-cinq ou trente ans. (…)
La colonisation est pour la France une question de vie ou de mort : ou la France deviendra une grande puissance africaine, ou elle ne sera dans un siècle ou deux qu’une puissance européenne secondaire ; elle comptera dans le monde, à peu près comme la Grèce ou la Roumanie compte en Europe.

Paul Leroy-Beaulieu , De la colonisation chez les peuples modernes, préface à la seconde édition, Paris, 8 mai 1882

 

Discours de Jules Ferry en faveur de l'expansion coloniale, devant la chambre des députés, le 28 juillet 1885.

 

Au point de vue économique pourquoi des colonies ? ... La forme première de la colonisation c'est celle qui offre un asile et du travail au surcroît de population des pays pauvres ou de ceux qui renferment une population exubérante. [...] Les colonies sont, pour les pays riches, un placement en capitaux des plus avantageux [...] Je dis que la France, qui a toujours regorgé de capitaux et en a exporté des quantités considérables à l'étranger a intérêt à considérer ce côté de la question coloniale. La question coloniale, c'est, pour des pays voués par la nature de leur industrie à une grande exportation, comme la nôtre, la question même des débouchés [...] la fondation d'une colonie c'est la création d'un débouché.
Messieurs, il y a un second point, un second ordre d'idée que je dois également aborder, le plus rapidement possible, croyez-le bien, c'est le côté humanitaire et civilisateur de la question. Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. [...]
Cette politique d'expansion coloniale s'est inspirée d'une vérité sur laquelle il faut pourtant appeler un instant votre attention : à savoir qu'une marine comme la nôtre ne peut se passer, sur la surface des mers d'abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement [...]
Et c'est pour cela qu'il nous fallait Saigon et la Cochinchine ; c'est pour cela qu'il nous faut Madagascar.
Rayonner sans agir, sans se méler aux affaires du monde, en se tenant à l 'écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure toute expansion vers l'Afrique ou vers l'Orient, vivre de cette sorte pour une grande nation c'est abdiquer, et, dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c'est descendre du premier rang au troisième ou au quatrième.

 

 

Clémenceau répond à Jules Ferry

 
"Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit qu'elles exercent et ce droit, par une transformation particulière, est en même temps un devoir de civilisation. Voilà, en propres termes, la thèse de M. Ferry et l'on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit. Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! ... Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n'est autre chose que la proclamation de la puissance de la force sur le Droit. L'histoire de France depuis la Révolution est une vivante protestation contre cette inique prétention. C'est le génie même de la race française que d'avoir compris que le problème de la civilisation était d'éliminer la violence des rapports des hommes entre eux dans une même société et de tendre à éliminer la violence, pour un avenir que nous ne connaissons pas, des rapports des nations entre elles."
Discours à la Chambre, 30 juillet 1885.


Déroulède dans un meeting nationaliste.


"Je l'ai dit et je le répète : avant d'aller planter le drapeau français là où il n'est jamais allé, il fallait le replanter d'abord là où il flottait jadis, là où nous l'avons tous vu de nos propres yeux."

Discours du Trocadéro, 26 octobre 1884.


Jaurès explique l'opposition des socialistes à la colonisation


"Nous la réprouvons, parce qu'elle gaspille des richesses et des forces qui devraient être dès maintenant appliquées à l'amélioration du sort du peuple; nous la réprouvons, parce qu'elle est la conséquence la plus déplorable du régime capitaliste, qui resserre sur place la consommation en ne rémunérant pas tout le travail des travailleurs, et qui est obligé de se créer au loin, par la conquête et la violence, des débouchés nouveaux ; nous la réprouvons, enfin, parce que, dans toutes les expéditions coloniales, l'injustice capitaliste se complique et s'aggrave d'une exceptionnelle corruption : tous les instincts de déprédation et de rapines, déchaînés au loin par la certitude de l'impunité, et amplifiés par les puissance nouvelles de la spéculation, s'y développent à l'aise; et la férocité sournoise de l'humanité primitive y est merveilleusement mise en oeuvre par les plus ingénieux mécanismes de l'engin capitaliste."

"Les compétitions coloniales" in La Petite République, 17 mai 1896.


La force noire

 

Il ne semble pas que l'on méconnaisse chez nos voisins [Anglais] l'importance de la question de l'armée noire. On fait un fait mérite au gouverneur d'avoir secondé les idées du colonel Mangin. Quand les français les plus hostiles à l'expansion coloniale verront quelle réserve d'hommes l'Afrique occidentale française peut fournir ils ne discuteront plus l'utilité des colonies pour la France. C'est en effet le seul remède qui pare à la crise de la dépopulation et au déficit des contingents militaires. Au cours d'une récente tournée en Afrique, le colonel Mangin s'est assuré que nous pouvions lever tout de suite dans nos possessions une force de 44000 hommes. N'est-ce pas la meilleure preuve du succès de notre politique indigène et de la prospérité de nos protégés ?
La quinzaine coloniale
, 25 mai 1911, page 325.

 

 

 

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REGARDS BLANCS SUR L'AFRIQUE : L'indigène, le soldat colonial et l'immigré, entre spectacle exotique et zoo humain.

 

 

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 Les guerrières de la cour de roi du Dahomey Béhanzin,
que la presse qualifia "d'amazones", frappèrent l'opinion publique dans les années 1890, au moment où la France entreprenait la conquête de cette région d'Afrique.

 

 

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Cette photo  de femmes hottentotes (Afrique australe) fait partie d'une série prise par l'anthropologue Roland Bonaparte à l'occasion de l'exposition universelle de 1889. Remarquez le décor et la mise en scène inspirée par la statuaire et la peinture classique

 

 

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L'uniforme du poilu dont sont revêtus ces soldats coloniaux n'a pas fait disparaître le regard "anthropologique" le photographe s'attache surtout à souligner la diversité ethnique des "soldats indigènes"

 

 

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Cette marque de cacao en poudre a récupéré l'image populaire du tirailleur sénégalais, avatar du "bon sauvage"

 


Un bilan de la colonisation française, telle qu'elle est présentée dans un livre pour la jeunesse  à la veille de la seconde guerre mondiale.

 

Présent et avenir de l'Afrique Noire( conclusion du chapitre Afrique Noire)

Certains ont déclaré que la colonisation venait troubler la quiétude des Noirs, l'équilibre de leur existence, leur manière de vivre. Or, la colonisation bien comprise et appliquée, celle que comprennent nos missionnaires, nos meilleurs médecins et administrateurs, est un véritable sauvetage de la race noire. Veut-on le portrait fait par un administrateur, des Noirs d'un village de la Côte d'ivoire d'il y a une vingtaine d'années ? " Passé 28 ans, déclarait ce rapport, un indigène est impropre pour le service parce qu'il ne possède pas la résistance voulue. Le plus souvent, il lui manque toutes ses dents ou en partie. Il est perclus de rhumatismes, il possède des excroissances aux genoux, près des hanches, qui indiquent la scrofule et la misère physiologique. En un mot, à 28 ans, l'indigène est usé par la vie sauvage qu'il mène, faite de misère, de malpropreté, de nourriture fruste et imparfaite, dans des habitats insalubres et humides. Je passe sous silence les multiples maladies existant chez ces populations."
La France a commencé par poursuivre une politique alimentaire. Jusqu'à notre arrivée, sauf peut être au Sénégal, les indigènes ne se nourrissaient qu'avec des produits de cueillette. Maintenant ils cultivent plus régulièrement des champs, et en bien des régions, ayant ainsi des vivres en suffisance, ils se nourrissent mieux. Mais il a fallu souvent vaincre la force d'inertie du Noir. Est-il sous alimenté, lui proposer gratuitement des semences de paddy suffit il ? Est-il dans la misère, essayer simplement de le soulager suffit-il ? Ne vaut-il pas mieux, pour sa propre dignité, l'astreindre au travail en attendant qu'il ait repris le goût de l'effort et la pratique des bonnes méthodes culturales ?
On a déjà signalé le fait suivant : " Trois millions d'esclaves, enlevés à l'Afrique du XVIIème au XIX ème siècle sont devenus en Amérique du Nord, 12 millions d'individus. Tandis que les races où les négriers avaient recruté ces esclaves voyaient fléchir rapidement leurs qualités physiques, tandis que les guerres intestines et les maladies décimaient les populations restées dans la brousse, les ouvriers des plantations américaines, grâce à l'hygiène, à une nourriture saine, régulière, évoluaient rapidement, devenant ces noirs d'Amérique qui n'ont plus la que la couleur pour les apparenter aux Noirs d'Afrique".
Une profonde éducation morale et technique des indigènes est nécessaire et a été entreprise par la France. Des sujets remarquables s'affirment déjà. Mais l'œuvre d'ensemble est de longue haleine. Grâce à elle, l'Afrique s'épanouira, les productions se développeront en fonction d'une économie intérieure africaine et selon les vues d'harmonisation impériale qui commandent l'ensemble de nos possessions d'outre mer.
Nul doute que la France ne réussisse dans la tâche qu'elle poursuit, parce qu'elle traite la terre africaine comme elle doit être traitée, avec rudesse, à l'américaine, et parce qu'elle traite la population indigène , comme elle le mérite, à la française, avec le cœur."
La France dans le monde, ses colonies, son empire.
Jean Brunhes Delamarre, Introduction et historique de Marius Ary Leblond,de l'Académie des sciences coloniales, Maison Mame, Paris, 1939.



Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : REPORTAGES - Communauté : Blois, autrement
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Dimanche 4 avril 2010 7 04 /04 /Avr /2010 01:36

 

 

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En dépit des 69% de Français qui affirment ne pas se sentir concernés par le cinquantenaire des indépendances africaines, d’un président Sarkozy qui a déclaré que « le drame de l’Afrique c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » ou que la France n’a pas besoin de l’Afrique parce que ce « continent pauvre » ne représente que 2% des flux économiques, le 1° avril 2010, Monsieur Jacques Toubon, chargé d’organiser l’évènement, a débuté les commémorations par une conférence de deux heures tenue au centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE) à Paris, sans la moindre participation d’un Africain à la tribune ! Cherchez l’erreur…

A l’instar de ce journaliste africain qui n’a pas manqué de soulever un doute légitime, on est en droit de se demander s’il s’agit bien d’une intention de réconciliation ou une manière dissimulée de célébrer la nostalgie de l’empire colonial perdu ?

Bien sûr des hommages ont été rendus aux soldats qui ont combattu aux côtés de la France, par ailleurs tous nommés abusivement « tirailleurs sénégalais », mais nulle allusion aux Africains qui vivaient paisiblement avant l’arrivée des « explorateurs » et dont l’existence a été outrageusement bouleversée par les colons. Des propos dignes de l’exposition coloniale, comme d’habitude…

Certes l’ancien ministre a annoncé le lancement de 250 projets parrainés pour une enveloppe globale de 16.3 millions d’euros, mais il est demeuré très évasif quant aux détails exacts de ces manifestations. Hormis la participation de contingents des armées des 14 ex-colonies au défilé du 14 juillet à Paris ainsi qu’un sommet, qualifié de paternaliste par les observateurs, la veille, réunissant les chefs d’Etat des 14 pays autour de Nicolas Sarkozy, d’une rencontre franco-africaine, fin mai à Nice, de nombreuses interrogations demeurent quant à la véritable signification de ces célébrations en France.

En fait, comme depuis 50 ans, les relations franco-africaines demeurent chargées d’ambiguïté, d’opacité et forcément de malentendus. Mr Toubon a beau insisté sur le fait que Paris veut instaurer un « partenariat rénové », force est de constater que les promesses non tenues du passé ont engendré aigreurs et blessures dont il est difficile de se débarrasser de part et d’autre. Les uns sont embarrassés, les autres rancuniers. Difficile de faire la fête dans un pareil climat… D’autant que de nombreux pays de l’Afrique francophone connaissent actuellement des regains d’instabilité qui ne favorisent guère les réjouissances d’un anniversaire. Telle la Côte d’Ivoire qui a d’emblée annoncé qu’elle entendait « célébrer le cinquantenaire seule, dans le cadre de sa politique nationale de refondation » et dont les relations avec la France sont des plus tendues.

Pourtant, dès ce week-end, le Sénégal célèbre le cinquantième anniversaire de son indépendance obtenue le 04 avril 1960. Cet Etat a été la première colonie française d’Afrique noire à s’émanciper, ouvrant la voie, au cours de la même année à 13 autres pays : le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo-Brazzaville, la Côte d’Ivoire, le Gabon, Madagascar, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Togo.

Les commémorations sénégalaises débutent par l’inauguration du monument de la Renaissance africaine, une énorme sculpture de type vaguement soviétique, haute de 52 mètres, construite par les Nord-Coréens. Cette imposante structure a du reste suscité une vive polémique et même engendré une demande de boycott de la part des opposants à Abdoulaye Wade, président sénégalais, car non seulement son coût est estimé à plus de 15 millions d’euros mais, de surcroît, un tiers des recettes devraient être reversé au président Wade au titre de droits d’auteur en tant que concepteur du projet.

Toutefois, ce sont 19 chefs d’Etat africains qui se sont déplacés pour l’évènement, ainsi que des vedettes telles que Manu Dibango et Akon. Absent de cette cérémonie, Mr Nicolas Sarkozy a envoyé un message écrit à son homologue sénégalais et a dépêché son ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, qui devrait être présent dimanche.

Au final, entre le lapsus de Mr Jacques Toubon qui, évoquant la coopération militaire entre la France et ses anciennes colonies, a malencontreusement parlé « d’accords de défiance » à la place des « accords de défense » qui devraient être profondément modifiés et les griefs des ex-colonisés envers la métropole, il y a fort à parier que le malaise entre les deux parties subsistera encore longtemps.

 

 

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Le président Wade - 03.04.2010

 


Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : REPORTAGES - Communauté : Blois, autrement
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Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /Août /2009 10:46





Le changement climatique affecte l’ensemble de la planète. Si certains pays vont payer un lourd tribut à leur cupidité. Malheureusement tout le monde devra supporter les conséquences de ces inconsciences et mettre la main au portefeuille pour régler cette note salée. D’emblée, bien évidemment, on se doute que ce sont les plus démunis, l’Afrique en tête, qui souffriront le plus de ces comportements irresponsables. Le paradoxe dans cette autre tragédie est que le continent africain est celui qui contribue le moins aux émissions globales de gaz à effet de serre (GES). Pourtant c’est probablement celui qui est le plus vulnérable aux conséquences des transformations du climat. Un Africain, en moyenne, génère 13 fois moins de GES qu’un Nord-Américain et le continent est responsable de moins de 4% des émissions de GES produites dans le monde entier. L’ONU estime que, du fait de la détérioration des conditions de vie, ce sont environ 50 millions de personnes qui seraient contraintes à devenir des « déplacées climatiques ».


 

 


Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) souligne la vulnérabilité de l’agriculture, de la faune sauvage, des infrastructures et des régions côtières de l’Afrique face à l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre qui provoquera des pénuries d’eau des plus sévères, menaçant entre 400 millions et 1.8 milliards de personnes en Afrique. Entre 80 et 200 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées aux famines d’ici à 2080. A l’échéance de 2050, ce sont 80 millions de personnes additionnelles qui seront victimes du paludisme dans des régions aujourd’hui exemptes de ce fléau (Zimbabwe, Ethiopie, Kenya, Rwanda et Burundi) car elles se transformeront en des espaces propices aux moustiques vecteurs de la maladie. Les incidences de paludisme augmenteront également dans les régions montagneuses de l’Angola et de la Somalie.


Les tendances actuelles suggèrent que de vastes régions africaines, notamment le Sahel et une partie de l’Afrique australe, pourraient subir un réchauffement de l’ordre de 3 à 6° Celsius d’ici à 2100. Les régimes pluviométriques seront touchés de plein fouet et pourraient accuser une baisse de plus de 20% par rapport au niveau de 1990. Une hausse de 1°C affectera entre 75 et 250 millions de personnes en Afrique d’ici à 2020, menacées de pénuries d’eau de plus en plus prononcées ; celle de 2°C touchera entre 350 et 600 millions de personnes aux alentours de années 2050 et il est prédit que d’ici 2080, 1.8 milliards seront victimes d’une hausse de température de 3°C. Une augmentation constante de la température au-delà de 1°C suffira à modifier considérablement les étendues de savanes, brousses, forêts (déjà mises à mal par la pression démographique et la déforestation) ou le comportement migratoire des espèces (oiseaux, poissons…). Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement  (PNUE) cite souvent l’exemple du Lac Tchad pour illustrer la diminution des précipitations au Sahel. Les images satellite montrent qu’au cours des 35 dernières années, le lac a rétréci pour atteindre un dixième de sa taille initiale et ce en raison des sécheresses persistantes ainsi qu’à cause d’une irrigation agricole plus intensive. Les différentes espèces végétales et animales de l’Afrique ne seront pas épargnées non plus. Une étude réalisée sur près de 5200 espèces végétales du continent prévoit que dans le cadre naturel d’environ 5000 d’entre elles aura largement disparu et que 2100 seront complètement privées de leur habitat naturel d’ici à 2085. La faune africaine n’est pas mieux lotie : les 2/3 des espèces animales du parc Kruger d’Afrique du Sud sont menacées d’extinction.

 

 

 


Les précipitations seront encore plus abondantes là où il pleut déjà beaucoup et se feront encore plus rares dans les régions sèches. Plus de 95% de l’agriculture africaine est une agriculture sous pluie. La production agricole sera fortement compromise par le changement et la variabilité climatiques : les superficies des terres arables, la durée des saisons de culture et le rendement par hectare sont susceptibles de baisser, ce qui pourrait compromettre la sécurité alimentaire et accentuer la malnutrition. Il est prévu que les récoltes diminuent de 50% d’ici à 2020 dans certains pays et les revenus nets générés par celles-ci de pas moins de 90% d’ici à 2100. Dès à présent, en Afrique de l’ouest, certaines régions du golfe de Guinée ont été la proie de changements climatiques soudains avec des conséquences assez graves. Au Ghana, par exemple, dans le centre du pays, les saisons pluvieuses ont été réduites de plusieurs semaines affectant sérieusement les productions agricoles (céréales et coton). Au Kenya, dans certaines régions à vocation rurale de ce pays, les agriculteurs qui comptaient sur 2 saisons pluvieuses et 2 récoltes de céréales jusque dans le milieu des années 1980, ne peuvent plus compter que sur une seule saison de production et même parfois très courte. Dans le nord du Kenya, les Turkana subissent de plein fouet le changement climatique car la raréfaction des pâturages verdoyants a entraîné la mort d’une part importante de leur bétail.


Par ailleurs, les experts annoncent une détérioration de plusieurs zones côtières d’Afrique, consécutive à l’élévation du niveau de la mer d’environ 25 cm d’ici à 2050 et 50 cm aux alentours de 2100. Des calculs ont déjà permis de chiffrer l’érosion dans certains secteurs entre 23 et 30 mètres par an. Il pourrait en être de même sur tout le littoral ouest et centre (Sénégal, Gambie, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, Nigeria, Cameroun, Gabon et Angola). Des experts américains alertent déjà les autorités des villes comme Banjul, Abidjan, Lagos, Tabaou, toutes situées en bord de mer et jugées particulièrement vulnérables aux inondations. Plus de 25% de la population africaine vit à moins de 100 km du littoral et les projections montrent que le nombre de personnes exposées aux inondations côtières risque de passer de 1 million en 1990 à 70 millions en 2080. La côte ouest, érodée, est particulièrement exposée aux raz de marée ainsi qu’à de violentes tempêtes. Les activités de pêche en zone côtière et leurs écosystèmes fragiles pourraient aussi pâtir de cette montée du niveau de la mer.

 

 

 


Les effets du changement climatique (réduction de la production agricole, détérioration de la sécurité alimentaire, incidence accrue des inondations et de la sécheresse, propagation des maladies et augmentation des conflits en raison de la raréfaction des terres et de l’eau) sont d’ores et déjà évidents en Afrique.


Une réaction urgente est nécessaire. Les efforts doivent désormais porter en priorité sur l’intégration de l’adaptation dans la planification nationales et la mobilisation du soutien en faveur de la gestion du risque climatique en Afrique. Le continent doit également contribuer aux précautions en matière d’atténuation et promouvoir le développement d’énergies propres.


L’Afrique participant peu au réchauffement planétaire, l’accent est donc mis sur la contribution de l’Afrique au ralentissement de la montée des températures dans le monde grâce, notamment aux forêts africaines, qui absorbent et retiennent le gaz carbonique, principal facteur de réchauffement. L’Afrique compte 17% des forêts de la planète et 25% des forêts tropicales qui contribuent à purifier l’air des émissions polluantes produites à des milliers de kilomètres. Les forêts abritent par ailleurs une extraordinaire variété de flore et de faune, 1.5 million d’espèces différentes selon les estimations, qui assure la subsistance de millions de personnes. Toutefois, d’après le NEPAD, les forêts d’Afrique disparaissent actuellement au rythme de plus de 5 millions de 5 millions d’hectares par an, victimes d’une exploitation commerciale excessive et non viable ainsi qu’à cause des méthodes de défrichage par brûlis. Bien que les gouvernements aient récemment redoublé d’efforts pour préserver et remettre en état les forêts du continent, les résultats sont maigres.

 

 

 


Les pays africains devront mettre en œuvre des stratégies leur permettant de s’adapter aux conséquences du changement climatique. Ils doivent intégrer ces stratégies dans leurs politiques de développement et dans les décisions prises en termes d’investissements publics. Un soutien de grande envergure sera nécessaire de la part de la communauté internationale afin de renforcer les capacités technologiques et institutionnelles de l’Afrique, de lui permettre de générer des informations climatiques fiables et de garantir les financements indispensables pour que le continent africain puisse relever ce défi complexe et coûteux. Reste à savoir si ces ressources seront véritablement disponibles car, malgré des dizaines d’années d’efforts, l’Afrique n’a jamais réussi à réunir les capitaux nécessaires à la lutte pour la réduction de la pauvreté… La pauvreté est à la fois la première cause et la première conséquence de la dégradation de l’environnement et de l’épuisement des ressources.

 

Les changements climatiques et leurs retombées économiques, politiques et sociales risquent de compromettre la paix dans le monde si la communauté internationale ne prend pas les mesures nécessaires. Le Président nigérian Mr Yoweri Museveni a d’ailleurs déjà qualifié ces altérations « d’agression » commise par le Nord industriel pollueur à l’encontre du Sud en développement, commentaire qui illustre bien le lien existant entre l’environnement et la sérénité mondiale.


Les changements climatiques et leurs dangereuses répercussions sont étroitement liés aux questions de développement, de prospérité économique et sociale, à la diminution des disparités entre les pays en matière de croissance, de garantie à la sécurité alimentaire et énergétique ; il est donc, une nouvelle fois, essentiel de promouvoir la solidarité internationale.

 

 

 

 

 

 

Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : REPORTAGES - Communauté : Blois, autrement
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Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /Août /2009 10:16




Le 22 Septembre 2008, à New York, s’est tenue une réunion de haut niveau  convoquée par le Secrétaire général des Nations Unies, Mr BAN KI-MOON avant le débat  de la 63° session de l’Assemblée générale de l’ONU sur le thème « Les besoins de développement de l’Afrique : état de la mise en œuvre des différents engagements, défis et perspectives ».

Lors de la séance plénière du 04 Mars 2008, le Secrétaire général avait été chargé de préparer un rapport d’ensemble sur le thème de la réunion du 22 Septembre 2008.

 

Dans un premier temps, il est donc utile de décortiquer les conclusions du rapport de Mr BAN KI-MOON puis, dans un second, analyser les décisions prises lors de la réunion du 22 Septembre compte tenu de cette étude.

 

LE RAPPORT DU SECRETAIRE GENERAL

 

Dans son rapport présenté le 15 Juillet 2008, le Secrétaire général cherche à dégager :


-      Les besoins et défis

-      Les plans d’actions et résultats des Etats africains et des institutions africaines

-      Les engagements et résultats de la communauté internationale

-      La coopération Sud-Sud


Il est tout d’abord précisé que l’Afrique est l’objet de la majorité des résolutions du Conseil de Sécurité et qu’elle s’inscrit sur la liste des priorités actuelles des organismes de développement et d’aide humanitaire (ONU, Banque mondiale, FMI, OCDE…).


L’Afrique attire d’autant plus l’attention qu’elle semble mal engagée pour réaliser les Objectifs du Millénaire (OMD) car il est évident que des pays instables ou sortant à peine d’un conflit peinent à mettre en œuvre une dynamique apte à réduire la pauvreté et élever le niveau de vie. Toutefois les réussites de certains pays sur quelques objectifs prouvent qu’une bonne gouvernance alliée à des soutiens techniques et financiers conséquents de la communauté internationale peuvent engendrer des progrès rapides.


Le XXI° siècle devrait être celui de l’Afrique c’est pourquoi il est essentiel d’établir l’inventaire des besoins de développement du continent et de s’assurer que les pays africains sont accompagnés dans leurs efforts par des engagements concrets de la communauté internationale.


Un premier constat révèle que l’Afrique dispose de nombreux atouts : capital humain (920 millions d’habitants dont 60% de moins de 25 ans), abondantes ressources naturelles, diversité des paysages, richesse culturelle et trésors archéologiques. Ces dernières années plusieurs conflits ont pris fin et il y a une reprise de la croissance économique dans de nombreux pays (en 2007 le taux de croissance moyen réel était de 5.8%). Globalement le taux d’inflation est faible (hormis des exceptions comme le Zimbabwe), les soldes budgétaires solides et des réserves s’accumulent. Les allégements de la dette extérieure ont permis de réduire le surendettement ainsi que les problèmes de liquidités et fourni une marge de manœuvre pour augmenter les dépenses sociales.


Néanmoins le vaste potentiel demeure largement inexploité et l’Afrique renferme les régions les plus pauvres de la planète : 2/5 de la population vivent avec moins de 1 dollar par jour. En dépit des bons résultats économiques, aucun pays africain n’est apte à réduire la pauvreté. Alors que le continent africain représente 14% de la population mondiale, sa part n’est que de 1% du PIB et 2% du volume des échanges mondiaux mais il détient 75% des séropositifs et sidéens et 90% des décès par paludisme.


L’Afrique est confrontée à un quadruple défi : la crise alimentaire mondiale, le bouleversement climatique, la flambée du prix de l’énergie et la persistance de l’extrême pauvreté. Les conflits violents entraînent des pertes humaines, des destructions matérielles, des détournements de biens économiques, des gaspillages de ressources naturelles et la sous performance de l’investissement étranger direct. C’est une entrave majeure au développement socioéconomique du continent.


Par ailleurs des enquêtent révèlent que certaines gouvernances sont préjudiciables à la croissance économique et à la stabilité politique (culte de la personnalité, concentration excessive des pouvoirs et corruption institutionnalisée).


En Juillet 2001, la 37° Assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’Organisation de l’Unité Africaine a adopté officiellement le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), centré sur l’initiative africaine avec une vision et une volonté communes pour vaincre la pauvreté et s’engager individuellement ou collectivement dans la voie de la croissance et du développement durables. Le NEPAD cherche à promouvoir le rôle des femmes dans toutes les activités et s’emploie à créer les conditions favorables au développement durable via la paix et la sécurité, la démocratie et la gouvernance, les réformes de fond, l’investissement dans les secteurs prioritaires et la mobilisation des ressources pour la mise en œuvre. Le NEPAD s’est fixé 4 objectifs : éliminer la pauvreté de l’Afrique, promouvoir le rôle des femmes dans toutes les activités, parvenir à un taux de croissance annuel du PIB supérieur à 7% et ce durant plus de 15 ans, s’assurer que le continent atteint les OMD.


Pour lutter contre la pauvreté, adoption en 2004 de la Déclaration et du Plan d’action de Ouagadougou qui contient 23 engagements.


Les engagements en faveur de la promotion du rôle des femmes ont été exprimés à travers divers actes constitutifs, protocoles et déclarations. Toutefois le Protocole de 2003 n’a été ratifié à ce jour que par 25 pays sur 53 et il devient urgent que les Etats africains réduisent rapidement les inégalités entre les sexes. La part des sièges parlementaires occupés par des femmes a sensiblement augmenté avec 17% en 2007 contre 7% en 1990, mais le pourcentage des femmes occupant des emplois autres qu’agricoles a peu évolué (de 28% en 1990 à 32% en 2005).


Si depuis 4 ans le PIB de l’Afrique avoisine les 5%, il est encore loin des 7% jugés nécessaires. L’extrême pauvreté régresse (41.1% contre 45.5% de la population en 1993) mais cela demeure insuffisant pour atteindre les OMD.


Globalement les progrès vers la réalisation des OMD sont d’une lenteur alarmante. Des grandes priorités et des actions concrètes sont régulièrement définies en ce qui concerne l’agriculture, les infrastructures, la bonne gouvernance, l’investissement, la santé et l’éducation mais peu suivies réellement, faute de moyens financiers et techniques.


En matière d’agriculture seulement une petite dizaine de pays parviennent à réaliser les objectifs.


La mise en œuvre des principaux engagements relatifs aux infrastructures est également inégale. Si la coordination s’est améliorée dans les transports routiers, des problèmes subsistent pour la transformation énergétique, les grands ouvrages hydroélectriques et les réseaux de transmission ainsi que dans la maintenance des ouvrages existants.


Pour ce qui est de la bonne gouvernance, des engagements de l’Union Africaine ont été énoncés à plusieurs reprises notamment dans le Mécanisme d’évaluation intra-africaine, instrument d’auto-surveillance ; hélas seulement 29 pays ont adhéré à ce dispositif, 14 ont établi des structures nationales et 7 ont fait l’objet d’une évaluation intra-africaine. Il semblerait que certains pays africains n’aient pas la volonté politique d’adhérer à ce Mécanisme.


L’investissement privé est primordial pour la croissance et le développement durables. Par le biais de divers travaux et réformes, le continent est parvenu à augmenter les investissements étrangers de façon modeste mais significative (de 0.1% du PIB en 1980 à 2.4% en 2006).


Toujours via diverses déclarations les pays africains se sont engagés à réserver 15% de leurs budgets nationaux pour le secteur de la santé. A ce jour seulement 6 ont tenu leur promesse. Toutefois en ce qui concerne la lutte contre le VIH/SIDA, la plupart des pays ont entrepris des réalisations concrètes. Malgré tout il est estimé entre 21 et 24 millions de cas en Afrique et ce nombre augmente de 1.7 million par an. L’Afrique australe compte 65% du nombre total de cas de VIH/SIDA dans le monde. Pour ce qui est de la tuberculose, seuls 18 pays ont saisi l’urgence nationale et lancer des plans spéciaux. Les politiques régionales de lutte contre le paludisme ont toutefois été lentes à se mettre en place. Le taux de mortalité infantile a certes diminué (185 pour 1000 en 1990 et 166 pour 1000 en 2005) mais est encore très éloigné des 60 pour 1000 à atteindre pour 2015. Par ailleurs, un chiffre inquiétant a été relevé pour l’Afrique subsaharienne où 1 femme sur 16 risque de décéder de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement contre 1 sur 3800 dans le monde occidental et ce à cause d’un manque d’encadrement médicalisé.


L’éducation, une autre grande priorité, fait l’objet de 2 plans. Néanmoins, si le taux de scolarisation dans le primaire est passé de 57% en 1999 à 70% en 2005 grâce à d’excellentes mesures (gratuité, programme d’alimentation scolaire), il reste que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.


En matière d’environnement le constat est alarmant : seulement 42% des habitants en zones rurales ont accès à l’eau potable ; 63% des Africains ne disposent pas d’installations sanitaires élémentaires et 62% des citadins vivent dans des taudis ce qui est un taux record.


Même si les dirigeants africains ont déclaré que le développement de l’Afrique incombe avant tout aux Africains, il est bien évident qu’ils ont besoin du soutien et de l’aide financière de la communauté internationale.


En tout premier lieu, l’ONU qui contribue par des analyses et études théoriques mais également par des financements et appuis, des assistances techniques, le renforcement des capacités institutionnelles, des activités de sensibilisation et des secours humanitaires. L’ONU porte son appui au NEPAD et se concentre sur les OMD, motive la communauté internationale sur les besoins de développement de l’Afrique. L’ONU constate que si les pays africains sont aptes à mettre en œuvre leurs propres stratégies, seule l’aide demeure déficiente. Le défi consiste donc désormais à assurer le suivi et la cohérence entre les diverses initiatives.


De nombreuses promesses, à de multiples reprises, ont été faites par les Etats membres des Nations Unies à l’Afrique afin qu’elle parvienne à réaliser ses OMD.


En premier lieu il est indispensable de notifier que le système d’aide évolue : appropriation nationale plus solide, mise à contribution accrue des capacités nationales, recours plus général au soutien budgétaire, influence considérable des acteurs non étatiques. Si le Consensus de Monterrey en 2002 et la Déclaration de Rome en 2003 facilitent les actions à tous les niveaux, il importe désormais d’analyser le financement du développement, le volume et la qualité de l’aide.


Pour ce qui est du financement, des progrès notables ont été faits afin d’alléger la dette publique de l’Afrique auprès des Etats et institutions multilatérales (de 205.7 milliards de dollars elle a chuté à 144.5 milliards de dollars en 2007). Selon l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), l’aide à l’Afrique a représenté environ 41% du volume total des aides en 2006 avec un montant record de 43.4 milliards de dollars. Toutefois les donateurs prennent du retard sur leurs engagements. De plus, initialement fixée à 0.7% du RNB des pays donateurs, le volume de l’aide a été porté à 0.56% du RNB jusqu’en 2015. Même si globalement l’Union Européenne tient ses promesses en matière d’Aide Publique au Développement (APD), régulièrement les programmes d’actions sont établis puis révisés. Malgré tout en 2006 62% de ses aides bilatérales sont allées à l’Afrique contre 51% en 2005. On note toutefois quelques retards dans la mise en œuvre des engagements historiques figurant dans les Déclarations de Rome et de Paris sur la qualité, l’efficacité et la coordination de l’aide.


Malheureusement les choses n’ont guère avancé dans d’autres domaines mobilisant des ressources financières des ONG nationales et des acteurs internationaux, promotion du commerce international comme moteur de développement, renforcement de la coopération financière et technique internationale et règlement des problèmes systématiques.


D’autre part les envois de fonds des travailleurs expatriés deviennent une source de financement de plus en plus importante pour les pays pauvres très endettés (22 milliards de dollars en 2006 soit environ la moitié d l’APD). Bien qu’importants ils ne contribuent pas à l’investissement public requis pour atteindre les OMD.


Par ailleurs si la dette publique a été allégée, celle contractée par les pays africains auprès des banques et autres créanciers privés est passée de 92.4 milliards de dollars en 1999 à 110.2 milliards de dollars en 2007.


Les 151 Etats membres de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) se sont engagés à s’orienter vers le système commercial multilatéral universel, fondé sur des règles, ouvert, non discriminatoire et équitable prévu dans l’OMD8. Hélas, il s’avère que souvent les systèmes économiques de l’Afrique n’étaient pas concurrentiels car les difficultés tenant à la géographie aggravées par des infrastructures disséminées, des institutions inefficaces, des réglementations pesantes, des chaînes d’approvisionnement aléatoires et un secteur tertiaire peu développé rendent plus difficile d’exporter sur les marchés mondiaux dans des conditions fiables, efficaces et compétitives.


Pour tenter de parer à ces carences, selon l’OCDE, les pays du G8 ont dépensé 1.13 milliards de dollars en 2005 au titre de l’Initiative d’aide au commerce dont 845 millions de dollars pour les infrastructures (soit 39% d’augmentation par rapport à 2004). Cependant c’est loin d’être suffisant car l’Afrique a, en définitive, besoin de 52.2 milliards de dollars d’investissements publics et privés par an afin d’éradiquer ses problèmes de sous-équipement.


Au sein de la coopération Sud-Sud, il est notable de constater que la croissance des échanges entre les pays en développement et les pays à revenu intermédiaire a été plus rapide que celles des échanges mondiaux. Par exemple, le volume des exportations africaines vers la Chine a plus que quadruplé entre 2000 et 2005 pour atteindre 19.5 milliards de dollars. L’investissement étranger direct des pays du Sud (notamment de Chine et d’Inde) a augmenté de 17% en 2005. En 2006, au Forum de la coopération Chine-Afrique, la Chine s’est engagée à accorder dans les 3 prochaines années des prêts à conditions préférentielles  pour un montant de 3 milliards de dollars et des crédits acheteurs à l’exportation de 2 milliards de dollars. Cette puissance est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux et économiques de l’Afrique (56 milliards de dollars d’échanges en 2006 contre 11 milliards de dollars en 2000 puis 73.3 milliards de dollars en 2007 avec un objectif de 100 milliards de dollars en 2010).


L’Inde a indiqué pour sa part qu’elle ouvrait une ligne de crédit de 5.4 milliards de dollars sur les 5 prochaines années et versait 500 millions de dollars d’APD. Le volume des échanges Brésil-Afrique est passé quant à lui de 5 milliards de dollars en 2002 à 19.9 milliards de dollars en 2007.


En conclusion de son rapport, le Secrétaire général des Nations Unies note que les progrès de l’Afrique en vue de la réalisation des OMD sont insuffisants et conseille des mesures supplémentaires pour traduire en actes les engagements africains et internationaux.


Tout d’abord il préconise que les Etats africains effectuent un renforcement des mécanismes favorables à la participation, l’intégration et l’investissement de tous les segments de la société. D’autre part, compte tenu de l’importance de l’agriculture pour le développement du continent et de la crise alimentaire actuelle, les pays devraient s’employer à consacrer 10% des dépenses publiques à l’agriculture et développement rural. Les pays africains doivent prendre des mesures supplémentaires pour améliorer leur gouvernance économique et politique. Par ailleurs il est indispensable qu’ils intègrent la question du climat dans leur planification et leur gestion économique.


La communauté internationale doit impérativement revoir ses financements extérieurs à la hausse car l’agriculture a besoin de 8 milliards de dollars par an (contre 1 à 2 actuellement), l’éducation nécessite 8.3 milliards de dollars par an, la santé entre 25 et 30 milliards annuels et pour remédier aux insuffisances des infrastructures 52.2 milliards de dollars.


Etant donné ces besoins estimés à 72 milliards de dollars annuels, il est essentiel que les partenaires du développement honorent leurs engagements en matière d’APD.


REUNION DE HAUT NIVEAU DU 22 SEPTEMBRE 2008


Le 22 Septembre 2008 lors de la Réunion de haut niveau, les Etats membres réaffirment l’urgence de passer des paroles aux actes en revitalisant le financement de l’aide, de pallier l’absence de capacités institutionnelles suffisantes pour mettre en œuvre des politiques rigoureuses, de mettre fin aux conflits armés récurrents et de limiter les effets conjugués des changements climatiques et de la crise alimentaire sur le développement économique et humain du continent.


Les Etats soulignent que tout développement durable doit obligatoirement passer au préalable par une bonne gouvernance à tous les niveaux pour assurer une croissance économique soutenue et lutter efficacement contre les grandes pandémies ainsi que pour éliminer la pauvreté.


Dans un premier temps lorsque les représentants des divers pays présents se sont exprimés, ce sont les éternels mêmes constats et évidences qui ont été énoncés :


-      Sortir l’Afrique de la famine et de l’extrême pauvreté

-      L’importance d’assurer le transfert des technologies nécessaires, cruciales pour lutter contre les conséquences des changements climatiques qui pourraient menacer la croissance économique, la paix et la sécurité du continent africain.

-      L’obligation morale et juridique des pays développés d’honorer leurs engagements encore plus pressante car l’écart entre ce qui est promis et ce qui est réellement fait est croissant.

-      La lutte contre les maladies infectieuses

-      L’accès à l’eau potable

-      72 milliards de dollars annuels nécessaires pour réaliser les OMD d’ici à 2015

-      Eradiquer le problème de la violence à l’égard des femmes

-      Les souffrances des innocents au Darfour et en Somalie

-      La nécessité d’une révolution doublement verte pour accroître les rendements tout en préservant l’environnement.

-      L’impératif de bâtir un système fiscal efficace et juste en Afrique afin de contrecarrer l’évasion des capitaux qui coûte chaque année quelque 500 milliards de dollars au pays en développement soit 5 fois l’APD.

-      L’augmentation alarmante des prix des denrées alimentaires.


En dernier lieu, Mr JEAN PING, Président de la Commission de l’Union Africaine, a suggéré d’éviter de réitérer de nouveau des engagements pris depuis des décennies en faveur du continent africain, arguant que les besoins de développement de l’Afrique étaient « connus et reconnus ». Il a affirmé : « Aujourd’hui nous convenons à l’unissons que l’heure est à la mise en œuvre ».


Quatre tables rondes ont été constituées afin de se pencher plus précisément sur un problème particulier.


La 1° table ronde a souligné l’importance des priorités définies par le NEPAD ainsi que la nécessité de respecter les engagements pris, surtout en ce qui concerne le financement du développement. Pour ce, il y a urgence d’intégrer davantage l’Afrique dans l’économie mondiale car elle est confrontée aux mêmes changements climatiques, crises énergétiques et financières. Le groupe suggère également l’obligation de trouver des sources novatrices de financement.

Toutefois Mr DIDJOB DIVUNGI DI NDINGE, Vice-Président du Gabon, a rappelé que le NEPAD avait identifié les volontés africaines et que désormais il faudrait établir un agenda réaliste pour financer le NEPAD. Mr YOWERI KAGUTA MUSEVENI, Président de l’Ouganda, a estimé qu’il faudrait éviter les termes trop vagues et œuvrer plutôt en faveur de mesures et actions concrètes.


La 2nde table ronde planchait sur les questions du partenariat au développement, de l’efficacité de l’aide, du rôle du secteur privé, sur les OMD, l’importance de l’éducation et de la gouvernance.

Mr PAUL KAGAME, Président du Rwanda, a fait remarquer que d’énormes ressources ont été injectées pour résoudre la crise financière mondiale et il a souhaité voir la même détermination pour prendre des mesures en faveur de l’Afrique.

Mr CHARLES MICHEL, Ministre de la Coopération de la Belgique, a jugé « suicidaire » la part de l’APD consacré au secteur agricole qui est passée de 17% à 6 ou 7% actuellement. Il a proposé 10% pour 2010 et 15% pour 2015. Mr JACQUES DIOUF, Président de la FAO, a du reste confirmé que l’agriculture avait 80 fois plus de capacité pour réduire la pauvreté que les autres secteurs.

Mme HALONEN, Présidente de la Finlande, a mentionné l’éducation comme élément le plus important pour le développement du continent, tout en rappelant le potentiel encore trop exploité des femmes africaines.


La 3° table ronde, coprésidée par Mr ANDOULAYE WADE, Président du Sénégal, était consacrée à l’état d’avancement des engagements pris en faveur de l’Afrique, aux défis en cours et à la voie à emprunter.

Mr WADE a rappelé que des dizaines de milliards de dollars avaient été promis ces dernières années sans que ces engagements soient toujours suivis d’effet.


Mr PEDRO VERONA RODRIGUES PIRES, Président du Cap Vert, qui coprésidait la 4° table ronde, a mis l’accent sur l’éducation qui constitue un facteur important d’autonomisation, de changement et de progrès afin de permettre aux populations de prendre en main leur propre processus de développement ; ainsi que sur la santé avec un plaidoyer en faveur des systèmes nationaux qui garantissent la prévention et les soins.

En conclusion, le Président du Cap Vert a estimé que le développement était impossible sans la paix, la stabilité et la prévisibilité.


MA CONCLUSION


Des urgences énormes ont été identifiées voire chiffrées concernant le développement mais avant tout la survie de l’Afrique. Les responsables africains n’avaient pas vraiment besoin d’une énième réunion pour leur apprendre ce qu’ils savaient déjà, notamment via le NEPAD, mais ils attendent, ce qui est largement compréhensible, des actions concrètes, des programmes réalistes, des engagements pris et tenus dans les plus brefs délais.


L’attitude de la communauté internationale vis-à-vis de l’Afrique me choque personnellement car je la juge trop sournoise. En effet, lors des réunions ou assemblées à l’ONU ou au sein d’autres événements, les responsables sont toujours conscients sur les fléaux qui terrassent le continent africain, les carences dans divers domaines ainsi que les aides indispensables des pays les plus riches vers leurs frères les plus pauvres ; dans un second temps, il est donc impératif d’engager des moyens pour subvenir aux problèmes de l’Afrique. Dans un 3° temps, les Africains ont largement le temps pour voir arriver cette assistance promise depuis des mois voire des années… La crise sévit partout. Les Etats n’ont plus assez de liquidités pour honorer ces belles promesses. OK, on a compris… Maintenant on se replace dans le contexte de la crise financière qui a sévi à l’automne. Combien de mois ou d’années, les pouvoirs publics ont-ils mis pour débloquer réellement des solutions et des fonds phénoménaux ? Mais d’où sort cet argent dont ne disposaient plus les gouvernements ? Miracle du capitalisme qui est apte à créer en un temps record des capitaux pour éviter sa propre faillite mais est incapable d’en disposer pour financer des infrastructures médicales primaires, des écoles, du matériel agricole, des denrées alimentaires pour son pauvre voisin africain.


Par ailleurs, il est regrettable de constater la médiatisation à outrance de certains événements comme les attentats terroristes qui, en fait, font un nombre bien moins élevé de décès comparativement aux victimes africaines du SIDA ou du paludisme. Ces calamités déciment des populations entières, tuant les personnes les plus productives. Leur impact social et économique est dévastateur. Fournir des médicaments ou des moustiquaires ne suffit plus.


D’autre part, je suis profondément révoltée de l’inertie de la communauté internationale qui ne réagit pas plus sévèrement face à des tyrannies comme celle de Mugabe qui a parachuté son peuple dans l’antichambre de l’enfer. Les dictatures et la corruption à tous les étages sont une catastrophe aussi terribles que les pandémies en Afrique car tous les fonds gaspillés dans les frasques des gouvernants et de leur sphère, tous les billets distribués à droite ou à gauche pour soudoyer un fonctionnaire, passer un barrage, inscrire ses enfants dans des écoles privées, régler des médicaments en rupture dans les officines publiques, représentent des sommes colossales qui déséquilibrent les économies et touchent toujours les mêmes, les plus démunis.


Il n’y aura pas d’Afrique forte tant que, dans trop de pays du continent, règneront des guignols qui gaspillent l’argent des indigents, tant que les hommes ne cesseront pas de se battre pour des motifs déraisonnables, ancestraux et bestiaux, tant que la femme n’y aura pas sa place légitime à tous les échelons du système, tant que la communauté internationale ne fournira pas les moyens financiers adéquats mais également les technologies et les formations indispensables à toute bonne évolution, tant que les gouvernances n’auront pas éradiquer la corruption et axer leur politique vers une agriculture productive et écologique, tant que l’éducation et la santé n’auront pas atteint les niveaux de qualité des sociétés occidentales.

 

 

 


 

 

Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : REPORTAGES - Communauté : Blois, autrement
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Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /Août /2009 09:01




Quelle est la condition des femmes africaines sur le continent noir ? La question est très vaste et ne peut se résumer en quelques lignes ; aussi j’aimerais simplement offrir un bref aperçu révélateur de ce qu’est, à mes yeux, le calvaire de la femme dans la société africaine. Si dans nos sociétés occidentales le combat a été long pour que la femme puisse gagner la place légitime qui est la sienne, si la lutte est loin d’être terminée pour parvenir à la parité, au respect intégral, à la juste reconnaissance des valeurs de chacune, en Afrique, la femme ne détient quasiment aucune valeur, bafouée, trahie, utilisée comme du vulgaire bétail, majoritairement interdite d’instruction, elle survit au sein d’un système aux traditions moyenâgeux dont elle est pourtant le rouage le plus important.

 

Bien sûr décrire la femme africaine telle une personne entravée, privée de ses libertés fondamentales, martyre dans une Afrique exsangue où règnent la misère et la violence, être sans instruction, c’est renvoyer une image réductrice, même si cette triste réalité existe, car c’est occulter l’existence de cette Afrique positive où les femmes jouent un rôle plus que conséquent ; les femmes africaines sont l’espoir d’un continent qui croule sous les mauvaises nouvelles (guerres, sida, corruption, famines) car partout elles s’engagent pour améliorer le sort des leurs.

 

Il suffit de se déplacer dans une campagne africaine pour se rendre compte de l’extrême utilité des femmes. Partout, elles occupent une place importante dans l’activité économique car elles couvrent tous les créneaux de l’artisanat et du commerce. Malheureusement, même si elles sont de plus en plus instruites, la part qui leur est faite dans le partage des rétributions est très congrue. Elles supportent le poids d’une tradition qui ne leur reconnaît pas la majorité civique, elles ne possèdent pas la terre, ne disposent pas d’un revenu comptabilisé et, de ce fait, ne peuvent pas bénéficier en leur nom propre d’un prêt ou d’une avance pour développer leur activité. Il y a un fossé entre le rôle économique réel des femmes de l’Afrique subsaharienne et leur pouvoir dans la société. Au prix de multiples efforts certaines ont conquis leur autonomie mais l’immense majorité est toujours victime d’une extrême précarité socio-économique, même si, instruites ou pas, nombreuses sont celles qui font preuve d’une ingéniosité extraordinaire afin de « s’en sortir » dans un monde souvent hostile.

 

Alors que les femmes africaines sont reconnues pour être le pilier nourricier de la famille, que leur rôle est primordial dans le maintien de la cohésion sociale, qu’elles ont la confiance des ONG et autres organes de développement parce qu’elles sont plus honnêtes que les hommes, leurs droits sont encore entachés d’incertitudes et d’obstacles masculins.

Pourtant, via le « Protocole à la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme », l’Union Africaine possède un outil de qualité apte à positionner la femme africaine au même niveau que les femmes occidentales. En effet, l’égalité entre l’homme et la femme y est fortement souligné, la monogamie encouragée et, sans que le terme soit véritablement écrit, l’excision interdite ; de plus, elle a le droit d’acquérir des biens propres, les biens communs acquis durant le mariage doivent être partagés équitablement, elle dispose d’un accès à la terre et la veuve a le droit à une part équitable dans l’héritage des biens de son époux.


43 des 53 pays de l’Union Africaine ont signé ce Protocole, 21 l’ont ratifié (ce qui permet sa mise en œuvre). Le Soudan et la Tunisie ne l’ont ni signé ni ratifié.

Ceci relève du droit. La réalité est toute autre car dans cette société subsiste la soumission au système patriarcal qui détermine de manière irrévocable la subordination légale, sociale, politique et morale de la femme à l’homme.


Lors d’un séminaire organisé au Burkina Faso en 2006, les hommes ont tous insisté sur les facteurs traditionnels qui n’autorisent pas les femmes à accéder de manière stable à la terre. En fait, le souci avoué ne résidait qu’en un seul domaine : en devenant plus indépendantes par le foncier, les femmes affaiblissaient la puissance masculine… D’ailleurs des témoignages ont indiqué que beaucoup de dossiers présentés par les femmes n’aboutissent pas et sont sujets à de multiples requêtes financières illégales par les fonctionnaires mâles.

 

Pourtant il est indéniable que l’accès stable de la femme africaine à la terre voire la propriété est un facteur incontournable à une amélioration de la production alimentaire durable et ainsi à l’autonomie alimentaire d’un pays. En Afrique, les femmes sont des mères courage qui ont le génie économique de la survie. Elles pourraient être l’avenir de l’Afrique si les Etats s’affirmaient véritablement démocrates et leur rendaient justice.

 

En effet, de toutes parts, des obstacles s’affirment pour freiner leur essor. Tout d’abord il faut être conscient que l’Afrique est gérée par deux sortes de droits : le droit « moderne » (de beaux écrits en faveur de la femme mais rarement appliqués) et le droit coutumier (qui l’enferme dans des traditions ancestral où elle n’a pratiquement aucune valeur). Le second prime, bien évidemment, dans un domaine où leur intervention est essentielle : l’accès à la terre. Forces de travail et génitrices, elles doivent se contenter de mettre en valeur une terre dont elles ne seront jamais propriétaires. Ce qui vaudra à René Philombe, écrivain camerounais, de constater que la femme est vue comme « machine à plaisir et machine agricole ».

 

Autre difficulté récurrente que rencontrent les femmes africaines, financer leur projet. De la production vivrière à la restauration, en passant par la cueillette, la transformation, l’élevage, l’artisanat et le commerce, les femmes sont le poumon économique de l’Afrique. Pourtant solliciter un emprunt se traduit généralement par une fin de non-recevoir. Tout se passe comme si le système financier formel les rejetait. Plus de la moitié des femmes ayant une activité commerciale ne possède même pas de compte bancaire. Il en résulte qu’elles ne peuvent se développer (surtout en milieu rural) et ne peuvent bénéficier des techniques modernes. Seules les ONG sont un agent capital pour les aider dans une émancipation citoyenne, dans leur vie de femmes, de mères et de travailleuses. Malheureusement dans le contexte actuel de désorganisation sociale qu’est l’Afrique, le frein mis à l’essor des initiatives féminines limite leur impact à une utilité de subsistance.


 

 


Le poids culturel est le plus dangereux des ennemis pour la femme africaine car, de surcroît, il est invisible. Emprisonnée dans un système patriarcal, la femme africaine est sensée représenter la vertu, l’abnégation et peu comprenne qu’elle souhaite s’émanciper, qu’elle ose exiger plus de liberté. Dans les campagnes reculées, elle n’a pas droit à l’instruction, appelée à se marier et étrangère en sursis chez son époux, elle doit accepter sa polygamie et est susceptible d’être répudiée à chaque instant. Elle doit demeurer à sa place, ne pas désirer l’accès aux livres qui ne pourraient que lui bâtir des rêves saugrenus, ne pas faire de vague. Hélas, souvent ces mêmes mères « sacrifiées » reproduisent involontairement un schéma d’éducation défavorable en élevant leurs fils tels des « petits coqs » appelés à régner alors qu’elles inculqueront à leurs filles un enseignement d’êtres dévolus aux tâches subalternes comme le ménage, les courses ou la cuisine. Dès l’enfance les jeunes filles sont accoutumées aux « Tais-toi c’est l’homme qui décide ».

 

Bien sûr on ne saurait parler des freins à l’épanouissement des Africaines sans évoquer le climat social dans lequel elles évoluent, plus que délétère : mauvaise gouvernance du pouvoir en place, tribalisme, intégrisme religieux… La liste des pays où sévissent des conflits est longue : Burundi, Rwanda, Angola, République démocratique du Congo, Libéria, Sierra Leone, Côte d’Ivoire… Dans tous ces états, actuellement ou dans un passé encore proche, les femmes et les enfants sont les victimes les plus durement touchées. Dans les camps de réfugiés, il n’est pas rare de voir les plus jeunes se prostituer pour un sac de riz. Puis, il y a le calvaire de ces mères à la dérive dont les progénitures ont été enrôlées de force pour servir de chair à canon. Il y a le drame de ces milliers de femmes burkinabés ou guinéennes prises comme boucs émissaires dans une Côte d’Ivoire en plein marasme social. Du jour au lendemain, il leur faut quitter un pays où elles sont installées depuis des années, abandonner une relative stabilité socio-économique pour un avenir hypothétique. Il y a le drame de ces femmes victimes de l’intégrisme religieux, condamnées à être lapidées pour adultère et autres prétextes discutables.

 

Et quand bien même elles vivent dans des Etats « socialement stables », ce sont d’autres qui décident de leur destinée. Elles triment chaque jour, non point pour voir évoluer leur programme de santé ou leur système d’éducation mais pour rembourser une dette extérieure qui n’en finit jamais. Elles suent sous le soleil et la pluie, elles travaillent dans des conditions difficiles pour, au final, ne jamais être écoutées car leur opinion n’a que trop peu d’importance dans la balance.

 

Généralement il est considéré que la meilleure sortie pour la jeune fille c’est l’école, qui est partout libératrice. Au Burkina Faso, par exemple, le taux d’alphabétisation des femmes est de moins de 10% alors que celui des hommes est d’environ 30%. Néanmoins, pour suivre ses études, la jeune fille issue des milieux ruraux est obligée de quitter sa famille dès l’âge de 11 ans. Dans la plupart des cas, elle trouvera un hébergement chez un parent ou un « tuteur ». Malheureusement, là où la démarche peut paraître anodine chez nous, la jeune africaine sera régulièrement confrontée à des harcèlements sexuels, des viols ou des « relations forcées » tout le reste de sa scolarité. En effet, le maître, le professeur, le tuteur sont autant de dangers car tous les hommes qui l’entourent ont autorité et pouvoir sur elle. Elle ne dispose d’aucun moyen pour se faire entendre et d’échapper à son tragique sort puisque pour des raisons de pauvreté et de dépendance matérielle, ces violences sont la condition même de sa scolarité. Dans un tel contexte, les responsables ne culpabilisent nullement et les jeunes filles n’ont surtout pas intérêt à entreprendre une quelconque démarche de révolte car elles seront accusées de provocation ou de consentement. Il en découle des études contrariées, des grossesses non désirées, des avortements dangereux et des morts précoces. Même si, aujourd’hui, les jeunes filles s’organisent de plus en plus pour défendre leurs droits en sensibilisant le public, la classe politique et les responsables de l’éducation, elles ne trouvent pas encore assez d’échos pour véritablement faire changer les mœurs.

 

Au gré de mes « rencontres » africaines j’ai été confrontée à une pratique que je réprouve viscéralement : la polygamie. Pour un esprit tel que le mien où le mariage est, en premier lieu, un engagement du cœur, la consécration d’un amour exclusif nanti d’une multitude de sentiments que 2 êtres éprouvent l’un envers l’autre, la polygamie est inconcevable. Au contraire des comportements occidentaux, cette coutume est largement répandue en Afrique. Posséder deux, trois voire quatre épouses garantit à l’homme la survie et une main-d’œuvre à bon marché. Pour un homme africain, avoir plusieurs femmes est tout ce qu’il y a de plus normal car cela signifie un supplément de virilité et une assurance de descendance. La descendance est la valeur fondamentale des sociétés africaines car la progéniture est considérée comme la principale richesse humaine. Et avoir une nouvelle épouse coûte moins cher qu’une bonne ! Naturellement si la polygamie est largement répandue dans la tradition africaine, la polyandrie, est bien entendu, inconcevable. Pourtant les hommes eux-mêmes sont souvent conscients que leur polygamie engendre des atmosphères irrespirables car des jalousies éclatent entre les diverses femmes et surtout plus violemment entre les enfants nés des différents lits. Pourtant dans les milieux ruraux l’homme profite largement de cette pratique pour exploiter un maximum ses épouses et en profiter pour paresser. Au fil des générations il a su mettre en place une organisation qui fait que les femmes sont quasiment ses esclaves : femmes à l’œuvre de l’aube jusqu’au soir, responsables des repas, de la recherche de bois et d’eau, ensemençant les champs au pic et à la pelle, leur dernier-né noué autour des reins, femmes qui, la nuit venue, doivent encore se garder disponibles pour les avances de leur mari car une Africaine ne se refuse pas à son époux. Les femmes s’épuisent, l’homme se prélasse sur une chaise, sous un parasol, et écoute la radio en sirotant une bière ou font la sieste. Nombreuses sont les femmes africaines qui se révoltent face à tant de paresse car elles sont conscientes que leur mari les épuisent, profitent du produit de leur travail et ne pensent qu’au sexe. Certaines ont osé agir et sont parties. Des témoignages rapportent que ces femmes incitent leur propre fille à étudier et demeurer indépendantes. Pourtant il n’est pas si sûr que l’école change tout car la plupart des hommes professeurs sont eux-mêmes polygames. Et le triste constat d’avouer que désormais on semble passer d’une polygamie de nécessité à une polygamie de loisir, avec des femmes toujours plus jeunes ! Dernier point où la polygamie s’avère une pratique des plus fâcheuses, en dehors des critères moraux : c’est un facteur d’aggravation de la pandémie du SIDA. Des pays comme l’Afrique du Sud où un adulte sur cinq est infecté, les statistiques révèlent qu’un homme sud-africain atteint du VIH contamine en moyenne 3.5 femmes ! Malheureusement dans un continent ravagé par le SIDA, l’extrême pauvreté, l’inaccessibilité aux soins médicaux, gravement carencé en matière d’alphabétisation et d’éducation, la lutte contre la polygamie n’est vraiment pas une priorité pour les autorités.

 

Depuis plusieurs années, les femmes africaines doivent affronter une situation nouvelle : l’absence de leur mari parti faire fortune sous d’autres cieux. Pendant des mois voire des années elles restent seules au pays avec les enfants, la lourdeur de l’éducation, la belle-famille, le manque d’argent et les exigences de la fidélité. Au début l’époux envoie de l’argent, des bouts de ficelle, à peine de quoi faire survivre la tribu qui est la charge de l’expatrié. Tous les mois l’argent est kidnappé par les membres mâles de la famille, la femme n’a pas son mot à dire, elle subit. La haine s’installe entre la femme et sa belle famille, les enfants souffrent de l’absence d’un père, font l’objet de moqueries. Les nouvelles s’espacent, les envois d’argent aussi. La femme se sent frustrée car elle se trouve dans l’impossibilité même de procréer puisque son mari est au loin. Nombreuses sont celles qui supputent des infidélités, d’autres vies construites là-bas. Elles se sentent abandonnées. Toutefois, au fil du temps, certaines parviennent à réagir et demande le divorce par défaut d’entretien du ménage. La grande majorité, hélas, vivant dans les villages reculés, n’ont pas d’autres options que de prendre un amant afin de retrouver la chaleur et la tendresse d’un homme. Ces relations sont vécues dans le plus grand secret car l’infidélité d’une femme est très mal vue et lorsqu’une grossesse naît de cette liaison dangereuse les futures mères se livrent trop souvent à des avortements ratés ou des infanticides monstrueux destinés à laver ou éviter la honte d’avoir succombé aux plaisirs charnels avec un autre.

 

Au final, quand bien même l’on souhaite demeurer optimiste quant à l’évolution des mentalités et des mœurs, force est de constater que la condition des femmes en Afrique relève plus du calvaire que d’un épanouissement. Des notions existentielles basiques dans nos sociétés occidentales sont encore totalement inconnues en Afrique subsaharienne. Là où l’homme moderne a su donner une autre dimension à son rôle d’époux et de père chez nous, les Africains demeurent enliser dans des coutumes moyenâgeuses qui bafouent complètement les droits légitimes des femmes. Toutefois loin de nos esprits l’idée de nous apitoyer sur le sort de ces femmes, elles n’ont point besoin de nos larmes ou de nos paroles mielleuses mais de notre AIDE. A chaque fois qu’une organisation sollicite notre collaboration pour soutenir une avancée quelconque de la femme en Afrique, pensez-y et agissez car ce qui peut paraître insignifiant à nos yeux est un pas de géant pour elles !

 

 

 


                                                                                                                                                  
Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : REPORTAGES - Communauté : Blois, autrement
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